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On reste prudents

 

Mercredi 20 mai 2020, lettre lue par Augustin Trapenard, à réécouter sur France Inter.fr

 

 

 

"Nous assistons bel et bien à l’effondrement de notre aveuglement..."

 

Fred Vargas est scientifique et romancière. Dans cette lettre adressée à tous, elle espère que cette crise mondiale aura permis de nous ouvrir les yeux.

 

 

 

Paris, le 19 mai 2020

 

 

 

Chers tous,

 

 

 

La crise du coronavirus a déjà fait en France des milliers de morts et de deuils et il est à craindre que ce si douloureux chemin ne soit pas achevé. La gravité de ce drame a aussi provoqué un effet rebond inédit, aussi inattendu que clairvoyant. Il ne s’agit pas d’un simple contrecoup éphémère que quelques mois effaceront des esprits, mais bien d’une prise de conscience profonde, si nouvelle et si perspicace, qu’en effet, quand cette épidémie aura enfin passé, la volonté d’un autre monde, d’une large refonte, se dressera face à ce qu’on qualifie déjà de « Monde d’Avant ».

 

 

 

« Avant », et en dépit de la menace gravissime qu’est le changement climatique, dont les Français sont au plus mal informés, nous allions les mains dans les poches et nez au vent, portés par le flot de notre société d’abondance, pénétrés d’un sentiment d’invulnérabilité. En Europe, les drames sanitaires, les disettes, les eaux non potables, tout cela appartenait aux hommes des anciens temps et ne pouvait en aucun cas nous atteindre. Quand, soudain, le coronavirus vint asséner un formidable coup de hache à nos croyances sereines. Brusquement, nous nous sommes retrouvés hébétés, car totalement démunis, sans masques, sans gants, sans désinfectant, y compris pour les soignants tant exposés et trop peu nombreux. Nos entreprises ayant remis leurs productions entre les mains de la Chine, pour l’éternelle raison du profit, nous fûmes dans l’incapacité de faire face à l’épidémie. En un tournemain, les Français comprirent à quel point nous étions dépendants, subordonnés aux importations, et ont exprimé leur exigence d’une autonomie sanitaire du pays. Et étonnamment, cette prise de conscience a débordé hors de cette seule préoccupation. De notre indigence en matière de santé à notre déficience dans le domaine alimentaire, assujetti lui aussi aux importations, il n’y avait qu’un pas à franchir. Et il le fut. La demande d’une autonomie alimentaire du pays figure désormais au rang des priorités nouvelles. 

 

Nous assistons bel et bien à l’effondrement de notre aveuglement, à la fin de ces certitudes confortables qui régnaient il y a quatre mois encore. À très juste titre : quand viendra le temps, proche, du déclin géologique du pétrole, puis la contraction de plus en plus prononcée des transports aériens, quand s’amenuiseront les possibilités d’importer à notre guise, alors nous serons nus : incapables de nous nourrir et de nous vêtir par nous-mêmes, incapables de fabriquer des médicaments, sans parler de quantité d’autres biens de première nécessité. À moins d’anticiper, et vite, et de nous restructurer en profondeur, qu’il s’agisse des entreprises comme des territoires agricoles. Voilà ce que le coronavirus, en marge de son affligeant cortège, a fait éclore en quelques semaines : une clairvoyance. Reste à espérer qu’elle se propagera aux autres domaines essentiels à la vie, eaux polluées, sols dégradés, sécheresse, forêts fragilisées, océans acides, tant menacés par le réchauffement climatique.

 

 

 

Fred Vargas

 

 

 

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